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“ IL NE FAUT PAS AVOIR PEUR DE LA NUMÉRISATION ”

Ajouté le 24/1/2012

Le président de la Haute autorité de la communication audiovisuelle (Haca), Ibrahim Sy Savané, a eu, hier, au siège de l’institution, aux Deux-Plateaux, une rencontre avec une délégation de France télé numérique conduite par Louis de Broissia, ambassadeur chargé de l’Audiovisuel extérieur français. Au menu : le basculement numérique de la Côte d’Ivoire d’ici à 2015. Le président de la Haca, tout en souhaitant le traditionnel Akwaba à ses hôtes, a fait remarquer que depuis trois ans, le passage au numérique domine les débats à tous les forums, parfois avec un accent de frayeur comme ce fut le cas du bog de 2000. Toutefois, il a précisé qu’il n’est point question d’avoir peur. Ibrahim Sy Savané a plutôt indiqué qu’il s’agit de préparer sereinement la numérisation et d’agir, tout en se voulant optimiste : «Peut-être que dans trois ans, vous allez nous regarder avec envie. Nous allons tout faire pour que justement vous nous regardiez avec envie mais avec votre propre concours. Nous voulons vraiment passer de l’incantation à l’action».

Il s’est dit impressionné par l’expérience française grâce au pilotage, c’est-à-dire, le moteur d’espérance qui a permis de fédérer toutes les énergies. Pour le président de la Haca, rien ne peut fonctionner si, à la base, un travail colossal n’est pas fait. C’est pourquoi, il a demandé que chaque acteur joue sa partition et se fonde dans un plus grand ensemble avec un chef d’orchestre clairement identifié.

En ce qui concerne son institution, il a fait savoir qu’elle est chargée de piloter la libéralisation mais, en même temps, la loi lui demande de définir les normes. Pour ce faire, il a affirmé qu’il est plus qu’impérieux, pour sa structure, de s’informer sur ce qui s’est fait ailleurs pour mieux faire les choses. Déjà, un groupe de travail a été mis en place au sein de la Haute autorité en vue d’anticiper et de préparer un certain nombre de plans d’actions, de sorte que dès que le top départ est donné par les hautes autorités, la Haca ne soit pas en déphasage. Il a poursuivi en relevant que ce groupe de travail est en interaction avec l’agence des télécommunications parce qu’il s’agit d’une affaire de techniciens : «La stratégie d’abandon de l’audiovisuel analogique au profit du numérique n’est pas quelque chose qu’on décrète comme cela. La volonté politique est certes indispensable, mais elle ne suffit pas. Il faut aussi le savoir-faire, l’habilité technique et un certain nombre d’actions très complexes. Il faut ajouter à cela une vraie stratégie de sensibilisation». C’est d’ailleurs pour cela qu’il a été demandé à ce groupe de travail de réfléchir comment définir les normes relatives au matériel, aux techniques de diffusion et de réception.

La viabilité des chaînes privées en question

Conscient du fait que les ressources disponibles sont limitées, le président

Ibrahim Sy Savané a fait observer que c’est également une occasion d’enclencher la réflexion sur le cadre juridique et réglementaire de l’audiovisuel numérique. Parce qu’il dit être persuadé que même si la loi permet de faire ce travail, à la marge, il y a nécessité d’adapter un certain nombre de choses.

Par ailleurs, le président de la Haca a indiqué la nécessité de prendre les décisions bien en amont. C’est pourquoi, sur l’importation des téléviseurs, il dira que des propositions seront faites rapidement pour que les gens n’investissent pas dans du matériel qui va être dépassé d’ici deux ou trois ans. Il a rassuré ses hôtes que des ingénieurs et juristes travaillent sur toutes ces questions : «Nous nous félicitons de ce premier contact. Nous sommes vraiment décidé, non pas à être un modèle en Afrique, mais à réaliser une transition qui puisse permettre aux téléspectateurs, aux entreprises du secteur de l’audiovisuel de pouvoir tirer tout le profit de ce saut technologique». Et d’ajouter : «Nous avons beaucoup travaillé en interne sans affoler les populations en préparant nos stratégies pour que le moment venu et à temps, la coopération soit intégrée dans la démarche de façon plus ouverte».

M. Sy Savané a profité pour révéler que le mois prochain, il y aura une session d’information sur la libéralisation. Au cours de cette rencontre, il a mentionné que la question de la numérisation sera abordée. Parce qu’il estime qu’il ne faut pas attendre le basculement numérique pour libéraliser l’espace. Car, pour lui, il s’agit de processus parallèles, complémentaire s: «Retarder la libéralisation jusqu’en 2015, c’est quelque chose que nous ne pourrons pas supporter. Mais, engager cette libéralisation en tenant compte des aspects du basculement numérique est notre approche».

Le président de la Haca a, aussi, informé que l’une des contraintes de son institution est de faire en sorte que les chaînes privées de télévision qui vont être créées soient économiquement viables : «Il n’est pas bon que des chaînes de télévision puissent appartenir à des hommes dont on ne puisse pas établir la traçabilité du capital ; qu’elles ne puissent pas vivre de façon équilibrée .Nous avons un marché publicitaire qui est l’un des mieux structurés de la sous-région qui pourra permettre à ces nouvelles chaînes d’évoluer dans un environnement commercial équilibré». Avant de poursuivre : «Il faut que ces chaînes soient viables. Lancer dix chaînes la même année ou en deux années, c’est introduire des déséquilibres incroyables».

Pour être concret, il a annoncé le début de leurs activités sur ce volet pour le mois de mars. Mais, en amont, M. Ibrahim Sy Savané espère que d’ici la fin de l’année, les textes seront prêts : «Sur la libéralisation, nous sommes sereins. Nous sommes aussi conscients que le jour où nous ferons connaître les critères, il y aura moins de promoteurs qu’on le croit. Sans prétendre qu’on maîtrise le processus de la libéralisation, nous avons les différentes étapes et les clauses de rendez-vous. Ce qui représentait pour nous non pas une terre inconnue mais une terre assez complexe, c’était la question du numérique».

L’ambassadeur chargé de l’audiovisuel extérieur français, a indiqué que la numérisation est le processus moderne dans lequel toutes les nations du monde se sont inscrites. Pour ce faire, il dira que la Côte d’Ivoire n’est pas du tout en retard. Pour lui, en trois ans, le pays peut réussir son passage.

Issa T. Yeo

Tags : NUMÉRISATION ”

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